Historique


I- l’Abbaye de Murbach aux origines du christianisme à Guebwiller

Le développement du christianisme à Guebwiller est intimement lié à la présence de l’Abbaye bénédictine de Murbach fondée vers 728 par Saint Pirmin, un moine irlandais et installée sur des terres allouées par le comte Eberhard, frère du comte d’Alsace.

Les princes-abbés vont faire de Guebwiller, dont on a retrouvé la mention dans une charte datant de 774 sous le nom de Gebunwillare, la capitale de leur principauté. Jusqu’à la Révolution Française ils y exercent leur pouvoir temporel et spirituel comme en témoignent les principaux édifices qu’ils y ont érigés : les églises Saint Léger et Notre Dame ainsi que des bâtiments civils : le château de la Burgstall et le château de la Neuenburg par exemple.

En 1294, l’abbaye de Murbach favorise l’établissement de l’ordre des frères prêcheurs à Guebwiller qui vont y construire leur église et leur couvent. La pose de la première pierre a lieu en 1312 et en 1420 commence la construction de nouveaux bâtiments conventuels. Aujourd’hui l’ensemble très connu par ses fresques, est devenu un centre poly-musical : « Les Dominicains de Haute Alsace », après avoir été transformé en usine après la Révolution Française, puis en hôpital.

En 1298, s’achève la construction du couvent des Sœurs Dominicaines près de la Porte Basse appelée « Engelpforten ». Ce couvent a été entièrement démoli en 1836 et remplacé par une usine.

Enfin en 1618, on note la construction de la chapelle du Sehring à la croisée des routes de Bergholtz et d’Issenheim qui fait suite à une première chapelle dédiée à la Vierge dite « Maria Elfenbein » datant du XIVè siècle. En 1759, elle est rattachée à la paroisse Notre Dame et devient en 1810 la chapelle du cimetière.

 

II- L’église paroissiale Saint Léger

Située dans la ville haute l’église paroissiale Saint Léger est de style roman et date du XIIè siècle. Elle fait suite à un premier édifice de 18,5m de long sur 9m de large qui date du VIIIè siècle, qui a été agrandi au XIè siècle comme en attestent les découvertes faites en 1972-1980 lors des fouilles à l’occasion de la rénovation du dallage. Ces évolutions s’expliquent certainement avec l’augmentation du nombre d’habitants.

L’édifice de type basilical en croix latine construit en grès rose comprend un massif occidental décoré d’une frise d’arceaux encadré par deux tours comprenant une chapelle dédiée à St Michel découverte lors de la rénovation à l’occasion du 800è anniversaire du bâtiment et surmontant un porche à trois entrées. Une tour octogonale à trois étages recouvre la croisée du transept.

La nef centrale qui comporte six travées dont la croisée du transept s’appuie sur une alternance de piliers forts et faibles et est flanquée de deux bas-côtés de style gothique. Dans le bas-côté sud on trouve la trace d’un évènement majeur de l’histoire de la ville décorant un autel dédié à Saint Valentin : l’attaque des Armagnacs en 1445 et le sauvetage de la ville grâce à l’action d’une « femme courageuse Brigitte Schick » et l’intervention miraculeuse conjointe de la Vierge Marie et de Saint Valentin. Cet épisode est rappelé chaque année à la Saint Valentin par une messe d’action de grâce selon le vœu des édiles de l’époque. Le chœur actuel construit au XIVè siècle a remplacé un cœur plat de style carolingien.

Les vitraux du chœur qui datent de 1922 sont l’œuvre d’un artiste alsacien René Kuder. Ils reprennent l’épisode de la Saint Valentin et des scènes de la vie du Christ. A l’occasion des travaux de rénovation le conseil de fabrique a fait appel à un artiste contemporain François Chapuis pour remplacer les anciens vitraux détruits lors de la guerre de 14-18 et réaliser le décor des deux rosaces situées dans la croisée du transept restaurées grâce à la découverte de débris lors de la campagne de fouille.

Le décor sculpté de l’édifice est très sobre et se résume aux personnages inscrits dans le tympan, à des décors géométriques ou végétaux qui ornent les chapiteaux des piliers situés à l’entrée du chœur et un petit lapin sculpté à la base de l’un des piliers du bas-côté nord.

Un ensemble de peintures retraçant la vie et le martyr de Saint Léger par Joseph Zenker (1875) orne les parois du chœur qui est décoré de lambris et de stalles datant du XVIIIè siècle.

A côté des fonds baptismaux une épitaphe rappelle la mémoire de Saint André Bauer enfant de la paroisse mort martyr en Chine le 9 juillet 1900 canonisé le 1er octobre 2000

 

III- L’église paroissiale Notre Dame

Ancienne église collégiale du chapitre des chanoines de l’abbaye de Murbach venus s’installer à Guebwiller dans le château de la Neuenburg, Notre Dame est devenue église paroissiale en 1792. C’est une construction de type basilical en grès rose caractéristique de la période de transition vers le néo-classicisme qui se dessine en cette fin du XVIIIè siècle. Sa construction débute en 1765 sous l’impulsion du prince-abbé Casimir de Rathsamhausen. Après l’échec des travaux entrepris par l’architecte Beuque de Besançon, le chantier est confié à Gabriel-Ignace Ritter, architecte originaire d’Andelsburg en Autriche. Ce dernier reprend les plans de Beuque. Le chantier s’achève en 1785 à l’exception des deux tours et seule la tour sud sera terminée par l’ingénieur Grün au XIXè siècle.

L’édifice se compose de trois vaisseaux avec un chevet plat formé par un massif barlong englobant l’abside du chœur et un transept terminé par des absides saillantes. A l’intérieur la nef comporte cinq travées et le grès est recouvert d’un enduit rosé ; l’élévation comporte deux niveaux.
Sur la façade occidentale on remarque deux médaillons : Saint Léger à gauche et Saint Louis à droite, et un ensemble de huit statues représentant la Prudence, la Justice, la Charité, L’Espérance, la Religion, l’Hérésie, la Force et la Tempérance.

La pièce la plus remarquable de la décoration intérieure se trouve dans le chœur, au-dessus du maître autel représentant le tombeau du Christ : l’Assomption de la Vierge, un ensemble en stuc réalisé en 1784 par Fidèle Sporrer, sur un dessin de Gabriel-Ignace Ritter. Un oculus avec un vitrail symbolisant la Trinité surmonte l’ensemble.

Dans le chœur deux médaillons retracent la mort de Saint Louis à Tunis et le martyre de Saint Léger. Les deux grandes statues, copies de celles de Saint Louis et de Saint Léger détruites à la révolution, ont été sculptées en 1830. De magnifiques stalles en chêne, de 1785, sont ornées de guirlandes de fleurs, d’angelots et de médaillons évoquant des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Elles sont l’œuvre de Fidèle Sporrer et de sa fille.

Au niveau de la coupole, sur les pendentifs, les quatre pères de l’Église : Saints Jérôme, Augustin, Ambroise et Grégoire trônent sur des nuages.
Sur le pilier sud-est de la croisée on trouve une épitaphe rappelant Casimir de Rathsamhausen qui fut à l’origine de la construction de l’église. Il a été enterré dans la crypte de Notre Dame.

Enfin, plusieurs tableaux ornent les transepts. Ils représentent l’intrusion du roi Childéric lors du baptême de Clovis  (Guérin, 1829) ; les sacrifices de Jacob, d’Abraham, de Melchisédec et d’Abel ainsi que la vocation de St Dominique sont des sœurs Danisch (XVIIIe) et proviendraient du couvent des Dominicains.

Dans les bas-côtés, le chemin de croix, en chêne, a été réalisé en 1908 par un ébéniste colmarien, Théophile Klem. Les titres des stations sont en allemand, l’Alsace étant allemande à ce moment-là.

Le buffet d’orgue, de Joseph Rabiny, datant de 1785, a été conservé mais l’instrument a été remplacé en 1908 par Charles Mutin.

Lors de la Révolution, l’église et la crypte ont été profanées et on y célébrait le Culte de la Raison.